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Vin et santé : les 30 ans du paradoxe français

Le Chapitre d’automne du Conseil des Echansons de France a été l’occasion de rappeler le 30ème anniversaire de la publication du « paradoxe français », avec la participation de deux éminentes personnalités scientifiques qui contribuent aux recherches sur les impacts positifs du vin sur la santé lorsqu’il est consommé avec modération : le Dr. Dominique LANZMANN et le Dr. Jean-Pierre RIFFLER.

ci-dessus à droite Jean-Pierre Rifler, et Dominique Lanzman à sa droite

au Caveau des Echansons de France (Musée du Vin)

lien vers le site du Conseil des Echansons de France 

Le Dr. Dominique LANZMANN, qui a travaillé de nombreuses années avec le Pr. Serge RENAUD et poursuit ses recherches, a été intronisée à cette occasion. Elle nous a communiqué le texte suivant :

« Il y a 10 ans, le 28 octobre 2012, disparaissait un grand scientifique qui a révolutionné mondialement les conceptions sur la nutrition, à la fois en montrant l’importance des acides gras essentiels et le rôle des polyphénols, en particulier sur la thrombose et le risque d’infarctus : le Professeur Serge Renaud, qui aurait 95 ans aujourd’hui, le 21 novembre 2022.

Son histoire est intimement liée à ses découvertes. Né dans une famille de viticulteurs pauvres du sud-ouest de la France en 1927, il est parti au Québec après la guerre pour payer ses études en étant successivement bûcheron et aiguilleur de train. Sa première observation scientifique a porté sur la fréquence des infarctus du myocarde chez des trentenaires québécois, chose impensable dans le sud-ouest de la France. Il a compris qu’il se trouvait face à un facteur non pas génétique mais environnemental, puisque les Québécois étaient des Français de souche. Il a alors observé les différences de mode de vie entre les Québécois et les Français du sud-ouest. Tout d’abord, il n’aurait pas pu imaginer un repas sans vin, alors qu’au Québec, il n’y avait ni vin, ni fruits. Il a compris que l’alimentation devait être le facteur majeur. Il a voulu étudier la nutrition et a été orienté vers des études vétérinaires qu’il a brillamment réussies à Sainte-Hyacinthe à Montréal, en tant que major de sa promotion. Ensuite il est devenu l’assistant principal de Hans SELYE, l’inventeur du « stress », qui aurait bien voulu le garder mais Serge Renaud voulait percer le mystère de l’influence de la nutrition sur l’infarctus du myocarde. Il a travaillé à l’Institut de cardiologie de Montréal en anatomopathologie et a fait sa deuxième observation déterminante en disséquant des cœurs : les artères des jeunes joueurs de hockey étaient saines ! Mais bouchées par une thrombose. Avec des décennies d’avance, il a compris que la thrombose était l’élément déterminant de l’infarctus. Pendant 40 ans, il analysera les effets de la nutrition sur la thrombose, sur la cellule, sur l’animal et enfin chez l’homme.

L’acteur clef de la thrombose est la plaquette sanguine, qui est chargée de colmater toute brèche dans la circulation sanguine, afin de stopper les hémorragies. Pour étudier son activité, il faut le faire immédiatement, car dès la prise de sang, elle agit dans le tube de sang. On ne peut pas transporter l’échantillon dans la capitale et l’étudier la semaine suivante. Serge Renaud voulait étudier les effets du régime sur l’activité des plaquettes sanguines de différentes populations rurales. C’est ainsi qu’il a construit lui-même une caravane laboratoire et qu’il est parti avec ses techniciens de laboratoire sillonner différentes régions d’Europe, et étudier l’activité des plaquettes en fonction du régime, en changeant le régime. Il a ainsi dégagé les principaux facteurs de l’agrégation plaquettaire : les acides gras saturés longs, les oméga 6, l’âge, les hormones féminines. À l’inverse, les facteurs qui diminuent l’activité des plaquettes sanguines sont : le calcium, les oméga 3, les polyphénols et l’alcool.

Il a ensuite mis sur pied la fameuse étude de Lyon, de prévention secondaire de l’infarctus du myocarde, et a pu faire baisser de 76% les récidives d’infarctus dans le groupe d’intervention recevant un régime qui prévenait la thrombose, inspiré du régime traditionnel crétois.

En 1991, il a été interviewé par Morley Safer pour Sixty minutes à CBS News, au sujet de la protection des Français contre l’infarctus malgré des facteurs de risque plus élevés que les Américains (cholestérolémie, tabagisme, tension artérielle, consommation de graisses saturées). En effet, la mortalité cardiovasculaire des Français en 1991 étaient 3 fois et demi inférieure à celle des Américains. Il a proposé que la consommation modérée et régulière de vin à table soit l’élément déterminant de la santé cardio-vasculaire des Français. Ce qui a provoqué une explosion des exportations de vins français en Amérique dans les années 90.

Voir aussi cette video diffusée sur CBS en 1991

30 ans plus tard, ce « French Paradox » se montre très robuste, car les Français ont toujours des facteurs de risque classiques plus élevés, mais la plus basse mortalité cardio-vasculaire du monde, passant devant les Japonais, alors qu’ils sont les premiers buveurs de vin du monde. Le Professeur Serge Renaud, un homme de la renaissance, a toujours eu des décennies d’avance sur ses contemporains. »

Ce Chapitre d’automne a été précédé d’une conférence du Dr. Jean-Pierre RIFFLER, Grand Connétable du Conseil des Echansons de France, auteur d’un livre « Les Vertus du vin », qu’il a présenté.


Dans un langage clair, il y expose les bienfaits d’une consommation modérée de vin sur la santé et les travaux scientifiques qui étayent cette affirmation. Comme il le dit lui-même, le but n’est surtout pas d’inciter les gens à boire, mais de rassurer les consommateurs sur les bienfaits d’une consommation raisonnée. Retenons son credo  : ” Buvons peu, mais buvons mieux pour vivre vieux ! ”

Rappelons que la F.I.C.B. compte parmi ses membres la " RENAUD Society ", une confrérie basée aux Etats-Unis qui réunit des médecins et autres scientifiques qui promeuvent les travaux du Pr. RENAUD et soutiennent des recherches sur la thématique « vin et santé ».

liens vers le site de la Renaud Society et vers sa page sur le site de la FICB